Oriane Audebert, une artiste qui intrigue…

Oriane Audebert, une artiste qui intrigue…

Oriane Audebert est une jeune artiste qui est originaire de la presqu’île de Quiberon. Elle a effectué ses études artistiques à l’université de Rennes 2 : en Arts Plastiques et Histoire de l’Art. Son travail est tellement particulier qu’il intrigue, captive totalement l’œil du spectateur soumis aux variations de perspectives générées par les ondulations quasi vibratoires du trait de la dessinatrice.

Vous avez un style particulier, qui intrigue…

En effet, je dessine au stylo bille classique, uniquement en noir et blanc, car c’est ce que je préfère. C’est naturellement ce qui me séduit le plus dans le travail d’autres artistes.

Vous avez toujours dessiné sous cette forme ?

J’ai d’abord commencé par des portraits au pastel sec, et lors de mes études j’ai beaucoup expérimenté. J’ai entre autres pratiqué la sculpture au fil de fer ou la photo. Mais mon domaine, c’est le dessin.

D’où vous viennent ces visages captivants ?

Je les réalise à partir de plusieurs photos. Je refais carrément un nouveau visage.

Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

Beaucoup bien sûr. Je citerai juste à titre d’exemple la dessinatrice Christiane Spangsberg et la sculptrice Carla Cascales.

Et les artistes Rennais ?

J’aime beaucoup le travail d’Angélique Lecaille, ou celui de la dessinatrice Aurélie Joyce. Mais il y a plein de créateurs intéressants.

Comment vous situez-vous par rapport à l’art contemporain ?

J’ai une pratique de dessin contemporain, mais on ne peut pas parler d’une démarche similaire à l’art contemporain institutionnel. En ce moment, je suis dans une perspective de recherche esthétique, moins conceptuelle que le type de production que l’on rencontre par exemple au FRAC. Mais j’apprécie ces institutions. J’y ai vu beaucoup d’artistes intéressants. Ce sont des lieux de références.

Que pensez-vous de la politique culturelle de Rennes ?

Il y a beaucoup de choses qui se passent à Rennes. Il faut reconnaître que la Ville aide les artistes : par exemple à travers la politique de soutien avec les ateliers d’artiste ou avec les aides ponctuelles aux projets culturels, comme lors du Petit Marché de l’Art par la mise à disposition de matériel ou de la halle Martenot. Par rapport aux arts visuels, l’offre est un peu moins importante que sur Nantes. À Rennes, il y a néanmoins un côté plus intimiste que j’apprécie…

Quels sont vos projets ?

Je continue à exposer, et je fais cet été quelques marchés d’art du Morbihan, comme à Plouharnel. Sinon, je suis inscrite en tant qu’artiste et je compte vivre de mon art. C’est mon objectif. Enfin, je suis engagée dans l’association ART2Rennes, qui est un projet très entraînant…

Vous avez été récompensée dernièrement…

Oui, j’ai obtenu le premier prix de peinture de la ville de Ploemeur lors du dernier Salon de la Création Artistique. Et au Petit Marché de l’Art de Rennes, mon œuvre sélectionnée a été vendue à 250 euros, mais elle a été estimée par la commissaire-priseur au double. Je fais également partie des 5 artistes sélectionnés par la Fabrique de Dessins lors du Petit Marché de l’Art. C’est vraiment encourageant pour l’avenir.

interview par Dragan Brkic et Etiou

ARTISTE PLASTICIENNE
www.orianeaudebert.com
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https://www.instagram.com/oriane.art_rennes/

L’atelier galerie Phil et Cha, un lieu féérique à découvrir…

L’atelier galerie Phil et Cha, un lieu féérique à découvrir…

Charlotte Carsin et Philippe Sidot sont artistes-peintres professionnels. Travaillant ensemble depuis 2011, ils ont créé en 2015 un atelier situé dans le quartier Mabilais à Rennes. Ces peintres reconnus aiment faire partager leur bonheur de peindre, de raconter, de ressentir le monde.
Entretien avec ces deux passionnés de l’humain et de la couleur.

D’où vient votre passion pour la peinture ?

Charlotte : « J’ai fait un BAC arts plastiques. J’ai l’impression d’avoir toujours peint ou dessiné. Les arts plastiques font partie de moi-même ».
Philippe : « J’ai toujours peint également. Au début, j’ai même réalisé des décors pour des voitures de course. Mais le véritable déclic a été la visite de l’école des Beaux-Arts où j’ai suivi des cours ensuite ».

Votre rencontre

« Nous nous sommes rencontrés lors d’un projet artistique en lien avec un centre social  où j’étais animatrice. J’ai demandé à Philippe de réaliser un travail. Et j’ai été immédiatement séduite par ce qu’il faisait. Au lycée, je peignais des totems. Et curieusement Philippe en peignait aussi », raconte Charlotte.
« Nous avions réellement quelque chose en commun. Nos travaux, nos recherches, nos convictions également. Notre base de travail c’est l’eau, l’air, la terre, en relation avec l’humain. De plus, nous sommes tous les deux des coloristes. Ce n’est pas par hasard que nous nous sommes rencontrés », explique Philippe.

Vous avez des convictions communes ?

« Nous aimons les gens, nous croyons en eux. C’est ça qui nous porte. Et même si les sujets sont parfois graves, nous restons optimistes », poursuit Philippe.

Quelles sont les caractéristiques de votre travail ?

« Moi, j’ai plutôt un regard social dans la façon narrative de traiter mes tableaux. Charlotte c’est plus un regard vibratoire qui vient de l’intérieur. Nous avons commencé par peindre des totems en bois et en béton. Puis des animaux : des dinosaures, des sidozaures, des chevaux, des hippopotames, des chiens, des chats, etc. Et les vaches surtout ! Avec elles, nous avons eu l’honneur de défendre les couleurs de la France à l’exposition universelle de 2015 à Milan. Pour l’instant, nous sommes dans ce format ni trop petit ni trop grand, mais nous prévoyons de faire des vaches de 5 mètres de hauteur, explique Philippe. Sinon, nous réalisons parfois des tableaux à quatre mains, comme celui intitulé le Joker. Nos deux styles se complètent assez bien ».

Vous avez des commandes ?

« Oui, bien sûr, par exemple des animaux pour une ville ou pour une entreprise d’Aquitaine. Mais il vaut mieux faire avant que d’attendre des commandes », poursuit Philippe.

Avez-vous des artistes que vous admirez ?

« Beaucoup évidemment ! Je ne citerai que Nicky de Saint Phalle et Jean Tinguely », dit Charlotte.

Que pensez-vous de la politique culturelle de la Ville de Rennes ?

« Bon an mal an, on voit bien que tout est tourné en France sur l’art contemporain. Certains obtiennent le label artiste contemporain, et les autres ne bénéficient de rien. Le problème n’est pas d’aimer ou de ne pas aimer. Le problème est qu’on intellectualise l’art contemporain, qu’on l’institutionnalise. De sorte qu’on ne reconnaît pas la valeur de l’émotion, de la vibration. J’ai du mal avec les étiquettes. Il semblerait qu’un seul peintre soit reconnu institutionnellement en tant qu’artiste contemporain, même moi, on m’a catalogué en tant qu’artiste d’Aujourd’hui… », déclare Philippe.

Quels sont vos projets ?

« Philippe est exposé en galerie à Reims, et moi à Saint-Tropez. Nous allons également présenter nos animaux cet été aux Jardins de Brocéliande », indique Charlotte.

Vous animez aussi des ateliers ?

« Oui, notre atelier est ouvert le lundi après-midi et le samedi matin aux adultes, et aux enfants le samedi après-midi », conclut Charlotte.

Atelier Phil et Cha – 23 rue d’Inkermann (06 61 33 50 80)

https://www.facebook.com/ateliergaleriephiletcha/
Dragan Brkic & etiou

Yvon Lunven, la gravure à la sueur de la pointe !

Yvon Lunven, la gravure à la sueur de la pointe !

Yvon Lunven pratique la gravure. Il dessine puis taille à la sueur de la pointe des mondes qui font penser à des récits d’aventures. Son travail d’orfèvre est un véritable sacerdoce artistique qu’il a commencé très tôt dans son enfance.

Parcours

« J’ai commencé le dessin très tôt. Puis au lycée, j’ai fait arts plastiques. Cela m’a permis d’intégrer l’école Pivault à Nantes, d’où je suis ressorti au bout de 4 ans comme illustrateur ».

Comment arrive-t-on à la gravure ?

« J’ai d’abord bossé chez moi comme illustrateur. Puis, peu à peu, au fil de mes expériences dans l’édition, des rencontres avec divers artistes qui vendaient, j’ai aussi voulu me lancer. À vrai dire, la rencontre avec Anaïs Colin m’a stimulé. Je n’avais pas de statut et l’illustration c’était incertain. J’ai découvert à ce moment donné la gravure en eau forte sur zinc ».

C’est quoi ce procédé ?

« Je travaille sur une plaque en zinc que je vernis d’abord, puis je la dessine avec une pointe. Ensuite, je plonge cette plaque dans un bain d’acide à l’Atelier du Thabor. Cela fait un creux et j’encre ensuite la plaque et je la passe sous presse avec du papier d’Arches. Ce système est ancien, il date du 17ème. »

Tu dessines directement sur la plaque ?

« J’ai un schéma que j’ai préparé en amont. En gravure, il y a une part de hasard, mais il faut aussi un certain niveau en dessin. C’est pourquoi je pratique beaucoup le dessin et l’aquarelle. Je dessine dans les concerts, les endroits publics, et j’ai pris des cours de modèle vivant. Cela me permet d’avoir une exécution plus rapide. Le dessin, ce n’est pas comme le vélo, il faut toujours pratiquer pour avoir un niveau. C’est un exercice permanent de l’œil. »

Quels sont tes thèmes ?

« Les guerriers, la mer, les fonds marins, l’histoire, l’archéologie, les contes. Quelque chose où il y a des mystères… Une idée peut aussi émerger à partir de vieux bouquins. Je crée une image par rapport à un titre.

Tu exposes où ?

« Je fais des petites foires, ça m’arrive aussi dans des bars, et je loue surtout des galeries pour vendre car c’est mon métier ».

Quels artistes aimes-tu ?

« Je suis ouvert sur beaucoup de choses. J’apprécie Kiefer, Klimt, Odile Redon, Lucian Freud, Gustave Doré. Et localement Guillaume Friocourt, Etiou, et d’autres encore. »

Que penses-tu de Rennes ville culturelle ?

« Même s’il y a peut-être des manques, c’est quand même cool à Rennes. Ça bouge tous les jours. »

Quels sont tes projets ?

« Je continue à faire des expos. Par exemple, à la foire aux Croûtes à Brest lors du week-end de l’Assomption. Sinon, je vais faire un travail avec un autre artiste, Gaspard Jeannot, des dessins sur le modèle du cadavre exquis. »

interview par Dragan, portrait dessiné par etiou

Heol, le souffle du street-art !

Heol, le souffle du street-art !

Héol est street-artiste depuis près de 25 ans. On connaît bien ses nombreuses œuvres rennaises, notamment l’immense fresque située en face de l’Antipode à Cleunay. Cet artiste complet, même acrobate, nous interroge non seulement sur l’image qu’il produit mais également – et surtout – sur le sens donné à chaque réalisation. Découverte de cet homme aux qualités humaines et artistiques indéniables.

art de rennes

Comment es-tu arrivé à la peinture et au street-art ?

Tout simplement par l’intermédiaire de mes parents. J’ai eu la chance d’avoir des parents artistes qui m’ont ouvert au monde. J’habitais près de Morlaix, mon père était peintre, musicien et marionnettiste, et ma mère peignait par passion.

Quelles techniques tu as pratiquées ?

Dès l’âge de 10 ans, je pratiquais l’aquarelle, je dessinais au crayon et j’utilisais les paillettes d’or utilisées par mon père. Tout était à portée de main. Puis je me suis mis des contraintes afin de me réaliser, de me lancer des défis, de progresser. Je peignais partout : dans les discothèques par exemple où je faisais des portraits.

art de rennes

Et maintenant comment travailles-tu ?

Je peins au rouleau et au pinceau. Dans mon travail, il y a bien sûr l’œuvre finale, comme l’écolière au crayon que j’ai imaginée sur le mur de la barre bleue de Cleunay. Et puis il y a surtout le travail préparatoire ! Je dirais aux gens de visionner la vidéo sur youtube (Heol Art) qui montre comment j’ai réalisé cette fresque monumentale. Il faut une grosse organisation derrière tout ça : des trépieds sur le toit, des poulies, des cordages, et l’aide de 7 personnes qui me soutiennent et me bougent grâce aux cordages mis en place. Ce travail est une performance artistique, humaine, physique et intellectuelle. C’est un travail collaboratif d’équipe. À la fin, c’était excitant : je me suis lâché un soir avec de la musique devant 500 personnes qui me regardaient finir mon œuvre…

Comment tu t’y retrouves spatialement sur place pour peindre ?

En amont, il y a 5 mois de projet. Cette façade d’immeuble n’était pas bleue comme son nom l’indique. J’ai eu justement l’idée d’en mettre. Et pour le dessin, j’ai interrogé les gens sur place. Je négocie toujours avec les habitants. L’école qui se situait juste en face m’a suggéré l’idée : une petite fille avec un crayon. Grâce à une photo travaillée sur mon ordinateur, j’ai commencé par jeter des splashs de peinture pour marquer les contours de l’image souhaitée, pour me repérer…

art de rennes

Estimes-tu ton travail reconnu ?

C’est vrai que je fais partie des plus expérimentés street-artistes rennais. 25 ans, ça fait un bail tout de même ! J’ai réalisé de nombreuses performances et j’estime que mon travail n’est pas seulement le fruit d’une technique apprise et perfectionnée au fil du temps. C’est aussi quelque chose de pensé intérieurement, souvent exprimé et réalisé avec l’énergie et le mouvement du corps. D’ailleurs, j’aime bien le côté intuitif et spirituel de la calligraphie japonaise. J’espère qu’un jour mon art sera du moins compris, sinon reconnu.
Tout m’intéresse chez les artistes. Je trouve des choses même chez des gens avec qui je n’ai pas forcément d’atome crochu. Mon esprit n’a pas de frontières. Heureusement d’ailleurs qu’il y a beaucoup de choses diverses ! Après, pour ce qui est des murs… Ce n’est pas très sympa de se faire recouvrir une œuvre 15 jours après l’avoir réalisée, comme bd Voltaire lorsque j’avais réalisé le projet Icare.
art de rennes

Quels sont tes projets ?

J’en ai beaucoup. Je citerai la salle de sport à Tinténiac, le château d’eau à Hédé, 3 performances au Luxembourg au festival étudiant à Fonds Belval. Je suis également en résidence à Liffré avec la compagnie Engrenage. Et je réponds à des appels à projets. Mais il n’y a pas que le côté professionnel dans la vie. Le 26 mai nous organisons Les jardins d’Heden pour exposer des œuvres dans les maisons d’Hédé occupées par des vieilles personnes. Ce qui m’intéresse d’abord et avant tout, c’est l’humain.

Heol , Spiderman du street art ! from Rennes, Ville et Métropole on Vimeo.

art de rennes

interview par Dragan et etiou, dessin par etiou

Suzanne Blanchet, l’univers abstrait

Suzanne Blanchet, l’univers abstrait

Membre du réseau art2rennes, Suzanne Blanchet est plasticienne. Elle est en perpétuelle recherche de nouvelles techniques pour rendre sensible le réel. Son univers est celui de l’abstraction et son monde pictural semble s’inspirer de Vladimir Kandinsky ou des cubistes. Entretien avec une artiste qui a été professeur de français et qui s’épanouit dans la création artistique.

Quel est ton parcours ?

Môme, j’étais fascinée par le monde qui m’entourait et sa finitude. Je n’ai pas fait d’études artistiques. Mais J’ai beaucoup été imprégnée par les œuvres des autres. J’ai commencé par la photo ; la découverte de la peinture est liée à mon cheminement personnel. Depuis quelques années, cette nécessité de revisiter le monde et d’en rendre compte se déploie dans la création plastique.

Tu pratiques l’abstraction ?

Ma sensibilité se réalise dans l’abstraction. Parce que l’abstraction est un moyen privilégié pour créer un espace susceptible d’induire une relation entre l’œuvre et le spectateur ; il n’y a pas de vision imposée au départ.

Comment construis-tu une œuvre ?

Tout débute à partir de l’expérience du sensible, d’un détail qui attire mon attention, je prends beaucoup de photos… Mon désir est de sublimer l’instantané et de lui redonner une nouvelle vie…

Quelle est ta technique ?

J’emprunte des formes dans les magazines, des emballages, des choses ramassées de-ci, de-là, des fragments de couleur, de matière. La construction prend sa source avec des éléments du réel, et s’opère avec l’acrylique, le collage ou le numérique.

Quelles sont tes influences ?

Je me nourris chaque jour de ce qui me fera évoluer. Mais il y a des rencontres artistiques qui m’ont marquée. Les arts primitifs pour leur puissance, l’art taïno, l’art inuit (du cap Dorset), l’art aborigène. Il y a aussi Pierre Soulages pour sa recherche de la lumière du noir. Enfin, je citerai Gasiorowsky pour le travail en séries…

Et les peintres rennais ?

D’évidence Yves Bougeard et Pascal Moreul. Et bien sûr tous les gens que je rencontre par les réseaux, comme art2rennes.

Que penses-tu de la culture à Rennes ?

Il y a beaucoup de lieux et de gens qui créent. Mais il y a une carence au niveau des circuits. J’espère qu’art2rennes la comblera. Ce doit être un réseau ouvert et transversal aux pratiques. Par ailleurs, je trouve que le Musée des Beaux-Arts n’a pas de politique attractive. Alors qu’à Nantes ou ailleurs il y a des pass permanents pour accéder aux expos.

Tes projets ?

Je souhaite bien évidemment continuer à creuser mon sillon, par exemple le travail numérique que j’effectue sur Rennes. Celui sur l’empreinte : qui est davantage un travail sur le geste pur. J’ai bien l’intention aussi d’intégrer d’autres techniques : terre, Ebru, cyanotype. Sinon, j’ai une exposition de prévue aux Longchamps à la mi-mars chez Coiffeur et Cie. Et je m’implique aussi dans les futurs événements d’art2rennes. En fin de compte, tout me passionne…

interview par Dragan et etiou pour art2rennes – février 2018

plus d’info et d’images sur suzanneblanchet.com

Aero, graffeur hyperréaliste

Aero, graffeur hyperréaliste

Aéro est bien connu des amoureux du street-art rennais. Il a laissé son empreinte sur de nombreuses façades de la Ville, comme sur la palissade du Couvent des Jacobins avec ses amis Lélé, Artkor Bagdad et Deuxben. Entretien avec un artiste polyvalent et talentueux.

Comment es-tu arrivé au street-art ?

Tout simplement par la culture hip-hop. En copiant mon grand-frère qui était DJ et tagueur. En 1997, j’ai réalisé mon premier graff et en 2000, je faisais du lettrage. Puis on a créé une asso à Villejean grâce à laquelle on “obtenait” des décos à réaliser sur des festivals. Cela nous permettait de facturer et ainsi d’avoir un peu d’argent pour racheter de la peinture.

Vous avez pourtant décidé de changer de voie…

En 2002, je suis parti bosser comme cuisinier en Suisse. Ma vie a pris un tournant ! J’ai passé 15 ans à me balader dans le monde : à la Réunion, à Mayotte, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Guyane, à Tahiti.

Tu as arrêté la peinture durant cette période ?

Non, j’ai continué à peindre mais épisodiquement. Il n’en demeure pas moins que j’ai été imprégné par la diversité des paysages, des couleurs, des gens de mes voyages.

Tu as décidé de revenir…

Oui, il y a deux ans. Ma ville de Rennes me manquait, ma famille également. J’ai travaillé comme chef de cuisine… mais on n’est pas dans le même rythme qu’à Tahiti ! Cela ne permet pas de peindre dans les meilleures conditions. J’ai tout lâché le 1er avril 2017 et décidé de me consacrer à la peinture en me déclarant artiste-auteur. Je fais aujourd’hui de la décoration, de l’initiation, des performances et de la peinture sur toile.

Tu arrives à vivre avec ce nouveau statut ?

Ça marche assez bien. J’oscille entre le travail d’artisan et d’artiste. Un versant m’aide à financer l’autre. Il faut bien vivre. Et puis je fais des trucs assez différents. Par exemple, je m’apprête à aller sur un chantier d’une semaine pour une immense fresque murale… J’apprécie de bosser pour moi-même. Auparavant, je perdais mon énergie pour d’autres qui ne vous récompensent pas justement.

Tu peins sur toile ?

Oui, un peu, uniquement à la bombe. Mais je ne connais pas le marché de l’art. Je peins pour moi des portraits d’humains ou d’animaux.

aero art2rennes

Et le graff ?

C’est ce que j’aime le plus. Présenter une œuvre au public sur un mur, c’est le meilleur des médias.

Apprécies-tu des artistes plus particulièrement ?

J’ai été influencé dans les années 90 par Rock qui a participé à Teenage kicks. Et puis j’aime les copains avec qui j’ai collaboré.

As-tu des influences artistiques plus globales ?

Aucune influence particulière. Je suis un graffeur autodidacte. J’ai ma sensibilité. Mais je me reconnais dans le travail de Deos (calligraphie et mélange de couleurs) ou Kalouf (style figuratif bd hip hop) ou encore le travail de Sebas Velasco.

Que penses-tu de ta ville Rennes ?

Étant parti à 15 ans, je sais ce que c’est d’être séparé de sa ville natale. Ça bouge à bloc culturellement ! Je n’ai que de bons souvenirs.

La ville a-t-elle changé ?

Oui, énormément. Les spots qu’on avait à l’époque n’existent plus. L’Immobilier investit tout… Pourtant, beaucoup d’endroits mériteraient de la couleur. Mon quartier de Villejean pour ne citer que lui.

Tes projets ?

Je suis ouvert à tout. Et puis je suis assez content car deux de mes tableaux vont être sélectionnés pour être vendus aux enchères à Drouot en juin. Et peut-être que je vais exposer bientôt quelques toiles…

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interview par Dragan Brkic et etiou